Figures féminines du bureau exécutif : Échange avec la prestigieuse et combattive Albertine Gonçalves

by / jeudi, 17 mars 2016 / Published in Actualités

Le CNOSS a l’immense honneur de vous faire découvrir suite à la journée internationale des droits des femmes du 8 mars, les figures féminines représentées au sein de son Bureau Exécutif. Enfin, nous allons clôturer cette semaine consacrée à nos dames, avec la légendaire militante pour les droits des femmes dans le milieu sportif sénégalais.


Bonjour Madame, pouvez-vous nous présenter votre parcours, de vos débuts à votre arrivée au sein du CNOSS ?

 

Je me présente, Albertine Gonçalves, je suis issue d’une famille de tradition cycliste, avec trois frères champions nationaux. Je n’ai pas été athlète, j’ai pratiqué le sport à l’école uniquement. A mon époque, il était très difficile pour une fille de pratiquer du sport en dehors de l’école. Je me suis toujours battue pour le développement et le renforcement de la participation des jeunes filles et des femmes au sein des activités sportives. J’ai été la première femme africaine à avoir eu la chance d’être élue Présidente de la Fédération Sénégalaise de Cyclisme. Après deux années fructueuses à la tête du cyclisme sénégalais, c’est sous mon mandat que le Sénégal a siégé au comité directeur de la Fédération Internationale Amateur de Cyclisme et de la Confédération Africaine de Cyclisme. En 1990 j’ai pris les commandes de la Fédération Sénégalaise de Gymnastique, suite à cela, j’ai été de nombreuses fois honorée par le CIO mais aussi par le Président de la République pour l’ensemble de mes œuvres au service du sport. Si aujourd’hui je suis reconnue au CNOSS et dans le milieu sportif, ce n’est pas Albertine en tant que telle, c’est pour le travail que j’ai fais.

Je souhaite quand même rappeler que nous ne sommes que 2 femmes à siéger au niveau de la présidence de fédération nationale sportive dans le monde.


Quelle est votre position actuelle au sein du bureau exécutif du CNOSS et votre palmarès ?

 

Aujourd’hui en parallèle de mon rôle de présidente de fédération, j’occupe le poste de 6ème vice-présidente au sein du bureau exécutif du CNOSS. Avant d’accéder à ce poste, j’ai d’abord été trésorière adjointe du CNOSS. J’ai été décorée du trophée des 50 femmes leaders d’exceptions par le ministre des sports.

Aujourd’hui encore, je suis la seule femme à diriger une fédération sportive au Sénégal. Je n’ai pas un parcours comme toutes les autres membres, car je ne suis pas athlète de haut niveau, mais je me suis toujours battue pour la cause sportive. En 2006 j’ai été primée du trophée femme et sport du CIO et je suis également vice-présidente de l’Union Africaine de Gymnastique. Je suis la première africaine présidente d’une fédération sportive à recevoir cette distinction, c’est une fierté personnelle en effet, mais aussi pour le Sénégal et pour les femmes en général. Maintenant il faut aider les jeunes filles à mieux pratiquer le sport. Mon défi a toujours été d’aller de l’avant et de donner à chaque fois le meilleur de moi-même.

J’ai aussi été nommée experte de la commission éducation et culture du CIO.


Quelle est votre opinion sur l’importance de la place des femmes au sein du Bureau Exécutif ?

 

Pour ma part, le continent africain a largement atteint les 20% de femmes dans les CNO et il possède des commissions « Femme et Sport » au sein de chaque CNO. Depuis que le CIO a demandé que les femmes soient plus présentes dans les comités olympiques, j’en ai fais ma bataille. Je souhaite qu’à chaque assemblée générale du CNOSS qu’il y ai de plus en plus de femmes présentes. Je reste l’une des principales animatrices de la commission Femme et Sport et bien évidemment je trouve ça très bien qu’il y ai des femmes au sein du bureau exécutif.


Quelle est votre opinion sur la place des femmes dans le domaine sportif de façon générale ?

 

Au travail comme en amour, à la maison comme en société, beaucoup trop de femmes préfèrent rester en retrait, ne pas s’imposer, en laissant le devant de la scène et le succès aux autres. Alors que les hommes sont éduqués depuis l’enfance à développer un esprit de compétition renforcé par un taux de testostérone beaucoup plus élevé. Les femmes ont tendance à s’enfermer dans l’image d’une féminité où le succès est réservé aux filles dures, méchantes. Elles ont peur d’effrayer les hommes, peur des responsabilités et peur de la jalousie des autres. Dans la vie, ce sont les battantes qui ont confiance en elles qui atteignent leur but.

J’ai toujours mis toute mon énergie à encourager les femmes et les jeunes filles à pratiquer de l’activité sportive et les encourager à intégrer les instances sportives nationales. Je me suis toujours efforcée de faire une place de choix aux femmes dans le monde sportif. Ça n’a pas toujours été évident parce qu’il y a la vie de famille et il faut savoir faire la part des choses, mais j’ai réussi à intéresser ma famille à ce que je fais, du coup mes 3 garçons sont tous cyclistes.


Si vous aviez un ou des conseils à donner aux jeunes filles d’aujourd’hui, quels seraient-ils ?

 

Malgré le nombre de pratiquantes de plus en plus élevé, les femmes peinent à accéder aux postes de responsabilité. Il suffit juste que les femmes et jeunes filles changent de mentalité et qu’elles ne prennent pas les hommes comme des rivaux, je ne suis pas pour la parité, mais plutôt pour le droit des femmes. Il faut que les femmes aient plus de leadership et qu’elles n’aient pas peur de se lancer dans cette aventure. Je travaille dans un milieu où il y a beaucoup d’hommes, mais je sais me faire respecter en tant que présidente, je ne leur tiens pas tête, je les laisse s’exprimer comme moi je peux m’exprimer. On constate que les femmes s’impliquent malgré tout de plus en plus dans l’encadrement technique. C’est vrai qu’elles n’ont pas encore la chance d’être dans des hauts postes, mais à défaut d’être présidente de fédération, qu’elles militent dans l’encadrement technique. C’est vrai que c’est difficile de s’imposer mais il faut qu’elles se battent. Nous sommes persévérantes et les hommes en sont conscients, ils nous respectent pour cela. En tout cas il faut que les femmes aiment ce qu’elles font et qu’elles aillent jusqu’au bout en travaillant surtout pour la relève, la petite catégorie. Je conseillerais aux femmes d’aller toujours sur le terrain, qu’elles travaillent beaucoup pour ainsi pouvoir accéder à l’administration et les hautes fonctions.

« Femmes, ne soyez pas hors jeu, ce n’est pas évident d’arriver dans le monde des hommes, mais il faut se battre, travailler et surtout durer dans le temps pour sa crédibilité. Travailler efficacement avec les hommes, c’est possible ! »


Petite question perso : quelles sont vos passe temps favoris, hobbies ou plat préféré, voyage préféré, pays que vous adorez…

 

Je n’ai pas vraiment de plat préféré, mais j’apprécie particulièrement le riz sous toutes ses formes, je peux en manger tous les jours que ça ne me dérangerait pas. Sinon, comme passe temps favori, j’aime beaucoup les voyages, la découverte de nouvelles cultures, de nouveaux environnements et paysages. Je trouve que ça permet de se développer personnellement, d’avoir une plus grande ouverture d’esprit et d’être plus tolérant.

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